“Les dirigeants européens se trouvent dans l’incertitude quant à la manière de réagir face à un monde divisé en plusieurs sphères d’influence”, a fait remarquer Fidan, jeudi, lors d’une interview accordée à la chaîne turque TV100.
"Il est tout à fait possible qu’une structure intégrant le Royaume-Uni, certains pays européens et la Turquie devienne un centre d’attraction régional", a-t-il assuré.
"Nous avons les capacités, les opportunités existent. Il ne manque plus que la volonté politique pour les concrétiser", a-t-il ajouté.
Selon lui, le Royaume-Uni n’aurait probablement pas quitté l’UE si la Turquie avait adhéré au bloc en 2007-2008. "Un axe comprenant la Turquie et le Royaume-Uni au sein de l’UE aurait inévitablement façonné plus tôt sa propre politique étrangère et son architecture de sécurité", a-t-il soutenu.
Fidan a également mis en avant le programme européen "ReArm Europe", doté de 800 milliards d’euros, destiné à renforcer la défense du continent. Dans ce contexte, la Turquie se distingue par ses avancées technologiques et son expérience militaire éprouvée sur le terrain.
"Peu d’armées européennes sont aussi puissantes que les forces turques", a-t-il déclaré, insistant sur les préoccupations de l’Europe quant aux conséquences d’un éventuel désengagement des États-Unis en matière de défense.
L’adhésion à l’UE, une priorité
Malgré les tensions avec Bruxelles, la Turquie maintient son engagement envers l’Union européenne, a souligné Fidan.
"Nos relations bilatérales avec les pays européens sont solides : notre volume commercial avec l’Europe dépasse les 200 milliards de dollars, un équilibre rare dans les échanges mondiaux", a-t-il précisé.
Cependant, rétablir des liens avec les institutions européennes reste un défi, en raison des tensions qui ont marqué les relations depuis 2019. "L’adhésion à l’UE demeure une priorité stratégique pour Ankara, même si l’Union ne semble pas adopter la même approche", a-t-il regretté.
Il a néanmoins exprimé l’intention de la Turquie d’adopter une position constructive lors des négociations, soulignant que l’atmosphère tendue qui régnait au sein de l’UE depuis 2019 s’est récemment apaisée.
Guerre en Ukraine
La guerre entre la Russie et l’Ukraine constitue un test majeur pour les pays européens, y compris la Turquie, a estimé Fidan. Il a souligné que la division initiale sur les raisons du conflit se prolonge aujourd’hui sur la question de sa résolution.
"Le début de la guerre a divisé les parties, et sa fin les divise encore davantage. Les positions que nous avons défendues dès le premier jour sont désormais reprises par les États-Unis", a-t-il observé.
Ankara plaide depuis le début du conflit pour une résolution négociée, une approche récemment adoptée par Washington sous la présidence de Donald Trump.
"Nous continuerons à jouer notre rôle, que ce soit sur le plan politique, technique ou militaire", a assuré Fidan.
La Turquie reste le seul pays de l’OTAN à avoir constamment défendu un cessez-le-feu et se dit prête à intensifier ses efforts de médiation. "De véritables pourparlers de paix ne pourront avoir lieu que si toutes les parties sont impliquées. Nous réitérons notre invitation à accueillir de nouvelles négociations en Turquie", a-t-il conclu.