Par Pauline Odhiambo
Les enfants de Grace Mwende dorment chaque nuit sous des moustiquaires imprégnées d'insecticide, et pourtant, le paludisme parvient toujours à les atteindre.
Ce cauchemar récurrent ne concerne pas seulement cette mère kényane de trois enfants vivant dans le comté de Kilifi, mais aussi des millions de familles à travers l'Afrique, où le paludisme est endémique.
L'aspect le plus préoccupant de ce fléau persistant est l'adaptation comportementale des moustiques Anopheles, vecteurs de la maladie.
Ces insectes, principalement nocturnes, n'attendent plus la tombée de la nuit pour piquer. Ils attaquent également en journée, lorsque les enfants jouent à l'intérieur, hors de la protection des moustiquaires.
Une technologie révolutionnaire approuvée par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) promet désormais de soulager les inquiétudes des mères comme Grace.
Les émanateurs spatiaux, terme générique pour désigner des dispositifs qui libèrent en continu des produits chimiques répulsifs dans l'air intérieur, offrent potentiellement une protection permanente contre les piqûres de moustiques.
« Si cela peut éloigner les moustiques lorsque nous ne sommes pas sous les moustiquaires, ce sera une révolution », confie Mwende à TRT Afrika.
« Le paludisme vole la santé de nos enfants et l'argent que nous dépensons en visites à l'hôpital. Nous avons besoin de toutes les armes possibles. »
Une menace en évolution
Le paludisme tue près de 600 000 personnes chaque année en Afrique, les enfants de moins de cinq ans représentant la majorité des décès.
Bien que les méthodes de prévention classiques, comme l'utilisation de moustiquaires et la pulvérisation de répulsifs à l'intérieur, aient sauvé des millions de vies, les moustiques ripostent.
Ils ont développé une résistance aux insecticides classiques et modifié leurs habitudes alimentaires, piquant plus tôt dans la soirée ou en journée, lorsque les gens sont actifs chez eux.
Les émanateurs spatiaux ou répulsifs comblent cette lacune en matière de protection. Ces dispositifs muraux diffusent progressivement des produits chimiques, tels que le transfluthrine, qui repoussent, désorientent et tuent les moustiques.
Contrairement aux moustiquaires qui ne protègent que ceux qui dorment en dessous, les émanateurs protègent en continu tout l'espace intérieur.
« Nous avons vu comment les moustiquaires sauvent des vies, mais les moustiques s'adaptent », explique le Dr Samuel Bangura, spécialiste de la santé publique à Freetown, en Sierra Leone, où le paludisme reste un invité indésirable.
« Si les émanateurs peuvent protéger les familles même lorsqu'elles cuisinent, étudient ou travaillent à l'intérieur, nous pourrions observer une réelle diminution des cas. »
Des essais encourageants
L'OMS a préqualifié deux produits émanateurs spatiaux : Mosquito Shield, qui dure un mois, et Guardian, efficace pendant un an.
Cette approbation officielle ouvre la voie aux gouvernements et aux organisations humanitaires pour commencer une distribution à grande échelle.
Des recherches financées par Unitaid, une organisation mondiale fondée en 2006 pour améliorer l'accès aux produits de santé essentiels contre le VIH/sida, la tuberculose et le paludisme dans les pays à revenu faible et intermédiaire, ont déjà démontré le potentiel de cette technologie.
Les essais ont montré que les répulsifs spatiaux réduisent la transmission du paludisme d'environ 30 % lorsqu'ils sont utilisés en combinaison avec des moustiquaires.
« C'est le premier nouvel outil de lutte antivectorielle depuis des décennies », déclare le Dr Philippe Duneton d'Unitaid. « Nous devons nous assurer qu'il parvienne à ceux qui en ont le plus besoin. »
Des recherches sont en cours pour répondre à des questions cruciales sur la portée et l'efficacité à long terme.
Par exemple, les scientifiques doivent déterminer si les émanateurs spatiaux sont efficaces sans moustiquaires et s'ils peuvent protéger les personnes dans des environnements extérieurs ou des camps de réfugiés.
Un autre facteur dynamique est la possibilité que les moustiques développent éventuellement une résistance à ces produits chimiques.
Une technologie à large spectre
Les premiers essais au Pérou ont démontré que les répulsifs spatiaux étaient efficaces pour réduire les infections à dengue. Une autre étude en Asie du Sud-Est est actuellement en cours d'examen.
Le succès de ces essais pourrait positionner les émanateurs spatiaux comme un système de défense multi-maladies pour les régions tropicales du monde entier, selon les experts.
Pour les familles africaines vivant sous la menace constante des maladies transmises par les moustiques, les émanateurs spatiaux représentent bien plus qu'une avancée scientifique. Ils offrent la possibilité d'avoir des enfants en meilleure santé, des dépenses médicales réduites et moins de journées d'école manquées.
Mwende parle au nom de millions de mères à travers le continent lorsqu'elle envisage ce que cette technologie pourrait signifier pour sa famille.
« Si cela fonctionne », dit-elle, « ce sera comme un bouclier au-dessus de nos maisons. »