La Turquie, la France et l’Espagne ont fermement condamné la décision américaine d’interdire à des responsables palestiniens de participer à l’Assemblée générale des Nations unies, qualifiant cette mesure “d’injuste”, de violation des normes internationales et de grave atteinte aux efforts diplomatiques et de paix.
Vendredi, Washington a annoncé qu’il refuserait des visas aux membres de l’Autorité palestinienne et de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) pour l’Assemblée générale de l’ONU à New York.

Cette décision intervient alors qu’un nombre croissant de pays annoncent leur reconnaissance officielle de l’État de Palestine, tandis que d’autres — dont le Canada, l’Australie et le Royaume-Uni — se disent prêts à franchir ce pas.
Le département d’État américain a indiqué que le secrétaire d’État Marco Rubio avait ordonné la révocation des visas, accusant l’Autorité palestinienne de “saper les efforts de paix” en saisissant les juridictions internationales et en cherchant à obtenir la reconnaissance de l’État palestinien.
Israël a salué la mesure : le ministre des affaires étrangères Gideon Saar a remercié Washington de “se tenir une fois de plus aux côtés d’Israël”, tandis que l’Autorité palestinienne a dénoncé une violation du droit international et de l’Accord de siège de l’ONU de 1947.
Turquie
Le parti au pouvoir AK Parti, a dénoncé une décision “injuste” qui mine la diplomatie. Son porte-parole Omer Celik a affirmé que bloquer l’accès des responsables palestiniens “rend l’ONU insignifiante” et tente de faire taire la Palestine alors même que l’élan mondial pour une solution à deux États s’intensifie.
Il a rappelé les propos du président Recep Tayyip Erdogan : “Le monde est plus grand que cinq, et personne ne fera taire la voix de la Palestine”.
France
Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a également critiqué la mesure américaine à la veille de la réunion informelle des chefs de la diplomatie de l’UE à Copenhague :
“Une Assemblée générale des Nations Unies ne saurait souffrir d'aucune restriction d'accès”.
Espagne
Madrid a condamné le refus de visas visant le président palestinien Mahmoud Abbas et 80 autres responsables, jugeant cela “inacceptable”. Le ministre des Affaires étrangères José Manuel Albares a exhorté l’Union européenne à prendre l’initiative pour défendre la représentation palestinienne aux Nations unies :
“Il est inacceptable que la délégation palestinienne ou Mahmoud Abbas ne puissent assister à l’Assemblée générale de l’ONU… Sa protection, son immunité, sont universelles, et l’Union européenne doit être à l’avant-garde de ceux qui les défendent. Cela devrait être le message clair de la réunion d’aujourd’hui”.
Qatar et Jordanie
Le Qatar a dénoncé une “violation flagrante du droit international”, tandis que la Jordanie a mis en garde contre un dangereux précédent risquant de compromettre les efforts de paix régionaux.
Reconnaissance croissante de l’État de Palestine
Le président français Emmanuel Macron a déjà annoncé que son pays reconnaîtrait la Palestine en septembre prochain à l’Assemblée générale de l’ONU. Le Canada et l’Australie ont promis d’y procéder, tandis que le Royaume-Uni a précisé qu’il le ferait en cas de refus israélien de cessez-le-feu.
Un précédent dangereux
En tant que pays hôte des Nations unies, Washington a l’obligation de ne pas bloquer l’accès des délégations. Si des militants réclament parfois des interdictions de visas contre des dirigeants controversés, les États-Unis n’y recourent que rarement. Parmi les exceptions : le refus d’entrée opposé au président soudanais Omar el-Béchir en 2013 en raison de poursuites de la CPI, ou encore le déplacement de l’Assemblée générale à Genève en 1988 après le refus américain de laisser entrer Yasser Arafat.
L’administration Trump affirme respecter ses engagements en autorisant la mission palestinienne elle-même, mais ses critiques dénoncent un nouveau coup porté au multilatéralisme, après le retrait des États-Unis de l’OMS et de l’accord de Paris sur le climat, ainsi que leurs sanctions contre les juges de la CPI.